In mir war seit meiner Kindheit ein Hunger nach Schönheit, nach Kunst, Musik, Geschichten und Bildern. Wohl war ich umgeben von guter Kunst und Literatur, ich hörte meine Mutter wundervoll Violine spielen, ich sah sie bildhauern und malen, erlebte meinen Vater, der Bücher über Künstler schrieb und mit Ehrfurcht von richtiger Kunst sprach, aber da war auch das häusliche Chaos. Von allem gab es zu viele Dinge. Die Unordnung und die unendlich viele Arbeit, unter der meine Mutter fast zusammenbrach, belasteten mich. Schon früh suchte ich mir meine eigene Ordnung. Ich liebte es zu lernen. In der lateinischen Sprache war Ordnung und in der Musik. Schwieriges zog mich an. Neugierig und wissensdurstig suchte ich überall nach Lösungen, nach Ausgängen aus dem Labyrinth der Fülle. Stundenlang sass ich am Klavier und empfand es als grosses Glück, Noten zu entziffern und in Töne umzusetzen.
Später empfand ich dasselbe Glück im Kampf um den richtigen Klang eines Bildes, im Bestreben um die Reinheit eines Striches, um die vollendete Form einer Skulptur. Ich liebte die strenge Einfachheit in den Bildern und Reliefs von Ben Nicholson, die lichte Farbigkeit eines Matisse, die Ruhe und sinnliche Wärme in den intensiven Bildern Gauguins, aber auch die morbide Schönheit der Akte von Modigliani. Und da war natürlich Klee mit seiner wunderbaren, apollinischen Ordnung der Töne, Linien und Farben, überhaucht mit einem poetischen Zauber, den man nicht nennen kann. Ihm fühlte ich mich verwandt und durch das Studium seiner Kunst kam ich zu meinen kleinen Aquarellen, die wie versunkene Städte sind. Meine Frauenportraits waren oft, und dies erkannte ich erst viel später, Selbstbildnisse und zeigten meinen emotionalen Zustand. Mir war nicht bewusst, dass ich mit dem Malen dieser Bilder versuchte, mein Leben zu bewältigen. Ich dachte, es gehe mir nur um Farbklänge und Formen, aber da entstand ungewollt auch dieses Ungreifbare hinter den Dingen, Seelenzustände wieTraurigkeit, Verlassenheit, Einsamkeit, aber auch Lebensfreude und Überschwang. Lange Zeit hatte ich nicht die Sehnsucht, in ferne Länder zu reisen, denn ich fand vor Ort und in meiner Fantasie genügend Stoff zum Malen. Eine Palme in einem Garten wurde zum Tropenwald, ein Modell konnte ich in immer andern Varianten malen, ohne mich zu wiederholen. Ein wenig ging es mir wie Giorgio Morandi, der fast immer in seinem Atelier blieb, um seine Flaschen und Krüge zu malen. Er verschob einzig einen Krug und ein neues Bild konnte entstehen, das Licht änderte sich und mit ihm der Farbklang. Die Möglichkeiten waren unerschöpflich. In mir brodelte ein Reichtum an Farben und Formen, der gebändigt werden wollte. Das häusliche Chaos und auch die Fülle, die ich dort erlebt hatte, prägten mein Leben. Im Grunde genommen versuchte ich immer wieder, dieser Überfülle, wo alles überquoll, wo man oft kaum einen Stuhl fand, um sich zu setzen, weil überall Bücher, Strickwolle, Farbtuben, Kunstblätter, Notenhefte usw. herumlagen, zu entfliehen. Ich versuchte zu ordnen und zu vereinfachen, aber es sollte mir erst nach vielen Jahren gelingen.
Trotz allen Strebens nach Einfachheit und Klarheit, war in mir ein solcher Reichtum an Farben und Formen, dass meine Bilder von Farbigkeit überströmten. Einer meiner Lehrer sagte einmal, in meinen Bildern sei fast immer eine Farbe zu viel, aber wenn man sie weglasse, fehle sie. Vor vielen Jahren hatten wir ein Haus in Formentera, einer damals noch wilden und einsamen Insel. Aus den wenigen Palmen und den streng gebauten Fincas mit den säulengeschmückten Terrassen wurden tropische Städte mit goldenen Kuppeln und einer reichen, üppigen Vegetation. Das blaue Meer wurde zum ultramarinen Farbfleck und immer wieder gab es eine Kirche mit einem Kreuz als Ort der Geborgenheit. Kleine Elemente, ein Balkongeländer, stilisierte Olivenbäume, die Streifen eines Feldes, eine Palme im Wind, eine schreitende Frau in einem langen Kleid machten aus den teppichartig wirkenden Aquarellen belebte Geschichten. Auf dieser Insel begann ich auch zu dichten, kleine, farbige Texte wie Malereien und wurde dann nach einiger Zeit halb wahnsinnig, weil ich kein Klavier zur Verfügung hatte. Zuhause, nachdem ich mich tagelang mit Musik vollgetankt hatte, malte ich dann weiter, aus der Erinnerung und mit meiner Fantasie. Aus Formentera wurde Marokko, Tunesien, Griechenland, Afrika. Es waren Reisen ins Innere, versunkene Städte meiner Seele. Unersättlichkeit und Genügsamkeit sind, was paradox klingen mag, gleichzeitig in mir und immer ist da diese innere Notwendigkeit, mich ausdrücken, malen und musizieren zu müssen, um der Fülle in mir Ausdruck zu verleihen. Damit wird es wohl nie ein Ende haben.
Rilke sagte dies mit grossartigen Worten:
«Ich lebe mein Leben
in wachsenden Ringen,
die sich über die Dinge ziehn.
Ich werde den letzten vielleicht
nicht vollbringen,
aber versuchen will ich ihn.»
Rainer Maria Rilke
Text: Isolde Bersier

Enfant déjà, j’avais en moi une incroyable soif de beauté, d’art, de musique, d’histoires et d’images. Il est vrai que j’étais déjà entourée d’art et de littérature de qualité : j’écoutais ma mère jouer merveilleusement du violon, je la regardais sculpter et peindre; j’évoluais dans l’univers de mon père qui écrivait sur des artistes et parlait avec révérence de l’art, le vrai. Mais au-delà de toute cette beauté, il y avait aussi le chaos quotidien. Il y avait trop de choses, trop de tout. Ce désordre, et aussi la montagne de travail qui menaçait d’écraser ma mère, me perturbaient. Très tôt, j’ai commencé à chercher mon propre ordre. J’adorais apprendre. Je trouvais de l’ordre dans la langue latine, et aussi dans la musique. La difficulté m’attirait. Curieuse et avide de connaissance, je cherchais partout des solutions, des issues pour fuir le labyrinthe de la surabondance. Je passais des heures au piano, prenant grand plaisir à déchiffrer les notes pour les transformer en sons.
Plus tard je retrouvai ce même plaisir dans le défi pour trouver la sonorité exacte d’un tableau, le souci d’obtenir une ligne épurée, de mener une sculpture à sa forme aboutie. J’aimais la simplicité stricte dans les tableaux et les reliefs de Ben Nicholson, les couleurs lumineuses d’un Matisse, la sensualité chaleureuse émanant des tableaux intenses de Gauguin, mais aussi la beauté morbide des nus de Modigliani. Et naturellement il y avait aussi Klee, avec sa merveilleuse ordonnance des tonalités, des lignes et des couleurs, le tout enveloppé d’un souffle de magie et de poésie que les mots ne suffiraient pas à décrire. Avec Klee, je ressentais un lien très fort, et l’étude de son art me mena à mes petites aquarelles, semblables à des villes englouties. Quant à mes portraits de femmes, ils étaient bien souvent – et je ne l’ai reconnu que bien plus tard – des autoportraits, révélateurs de mes émotions du moment. Je ne me rendais pas compte que ces peintures étaient en fait une tentative de maîtriser mon destin. Je pensais que mon travail était avant tout une question de nuances de couleurs et de formes. Et pourtant, involontairement, quelque chose d’insaisissable prenait forme à l’arrière-plan, fait de sentiments de tristesse, d’abandon, de solitude, mais aussi de joie de vivre et l’exubérance. Pendant longtemps, je n’ai pas ressenti le besoin de voyager dans des pays lointains; ce que je trouvais sur place et dans mon imagination me fournissait suffisamment de matière pour peindre. Le palmier dans mon jardin se métamorphosait en forêt tropicale, un sujet pouvait être peint dans une infinité de variantes, sans jamais me donner l’impression d’une répétition. Je vivais un peu comme Giorgio Morandi, cet artiste qui ne quittait presque jamais son atelier et se contentait de peindre encore et encore les mêmes cruches et bouteilles qui s’y trouvaient. Il lui suffisait de déplacer un cruchon, et une oeuvre nouvelle prenait forme, la lumière changeait et avec elle les couleurs. Les possibilités étaient inépuisables. Mon esprit bouillonnait : il y avait là une multitude de couleurs et de formes, qui attendaient que j’apprenne à les contrôler. Le chaos domestique de mon enfance et le sentiment de trop-plein mais aussi la richesse culturelle m’ont marquée à vie. Au fond c’était toujours cette même surabondance que je fuyais: impossible de s’asseoir où que ce soit, parce que tout débordait, partout il y avait des livres, des pelotes de laine, des tubes de peinture, des estampes, des cahiers de musique qui traînaient. J’essayais d’ordonner ce chaos, de le simplifier, mais je n’y suis arrivée que bien des années plus tard.
Malgré mon inlassable quête de simplicité et de clarté, il régnait en moi un tel foisonnement de couleurs et de formes que mes tableaux regorgeaient de vie. L’un de mes professeurs a dit un jour que mes tableaux comptaient presque toujours une couleur de trop, mais que si l’on enlevait cette couleur, elle manquait. Il y a bien longtemps, nous avions une maison à Formentera, une île alors sauvage et isolée. Des quelques palmiers et des constructions sévères aux terrasses décorées de colonnes, je me faisais des villes tropicales avec des coupoles dorées et une végétation luxuriante. Sous mes doigts, la mer se transformait en tache outremer, et souvent il apparaissait quelque part une église ornée d’une croix, symbole de sécurité et de réconfort. De petits éléments, une balustrade de balcon, des oliviers stylisés, les rayures d’un champ, un palmier dans le vent, une femme en longue robe rouge, faisaient de ces petits tapis qu’étaient mes aquarelles des histoires animées. C’est aussi sur cette île que j’ai commencé à écrire des poèmes, de petits textes colorés semblables à des peintures. Mais mon piano me manquait, et après quelque temps son absence m’est devenue intolérable. Une fois rentrée et m’être saoulée de musique, j’ai continué à peindre, en puisant dans ma mémoire et dans mon imagination. Formentera était devenue le Maroc, la Grèce, l’Afrique. C’était là des voyages intérieurs, vers les cités englouties de mon âme. Je suis à la fois insatiable et modeste. Cela peut paraître paradoxal, mais ces deux éléments cohabitent en moi et il y a aussi toujours cette nécessité intérieure de m’exprimer, de peindre et de faire de la musique, pour mettre en lumière la profusion qui m’habite. Je pense que cela ne finira jamais vraiment.
Cet état d’esprit, Rilke a su l’exprimer magnifiquement:
«Je vis ma vie en cercles grandissants,
qui recouvrent les choses.
Je ne pourrai sans doute accomplir le dernier,
mais je veux le tenter».
Rainer Maria Rilke
Texte: Iseut Bersier
Traduction: Sarah Tschopp